Nous sommes à la veille de 1900, au moment où décadentisme et anarchie se donnent la main pour conduire le siècle à sa fin. Georges Randal, un jeune homme de bonne famille, orphelin ruiné par un oncle indélicat, lorsque le temps est venu de prendre une situation, décide de se faire voleur. Pourquoi ? Comme ça. Pour rien. Pour dire non à la société, à la bourgeoisie, à l'ordre, aux socialistes qui se trémoussent sur l'estrade et aux moralistes qui tirent la chasse d'eau des larmoiements humanitaires.
En somme, Randal, en bon nihiliste, dit non à tout et aux voleurs eux-mêmes : Je fais un sale métier, c'est vrai ; mais j'ai une excuse : je le fais salement. Pas tout à fait. Car il y a chez notre voleur un peu du dandy baudelairien, un peu d'Arsène Lupin mâtiné de Jarry et d'Alphonse Allais. Et un goût intact, presque virginal, de la révolte, un c ur sensible et bon, trop bien battant, disait Breton, pour ne pas heurter en tous sens les parois de la cage .