Année 1984 en Océanie. 1984 ? C'est en tout cas ce qu'il semble à Winston, qui ne saurait
toutefois en jurer. Le passé a été oblitéré et réinventé, et les événements les plus récents
sont susceptibles d'être modifiés. Winston est lui-même chargé de récrire les archives qui
contredisent le présent et les promesses de Big Brother. Grâce à une technologie de pointe,
ce dernier sait tout, voit tout. Il n'est pas une âme dont il ne puisse connaître les pensées. On
ne peut se fier à personne et les enfants sont encore les meilleurs espions qui soient. Liberté
est servitude. Ignorance est puissance. Telles sont les devises du régime de Big Brother. La
plupart des Océaniens n'y voient guère à redire, surtout les plus jeunes qui n'ont pas connu
l'époque de leurs grands-parents et le sens initial du mot libre . Winston refuse cependant
de perdre espoir
Le célèbre et glaçant roman de George Orwell se redécouvre aujourd'hui dans une nouvelle
traduction:
Nous avons tous lu 1984, parfois quand nous étions très jeunes, à l'école. Ou du moins nous
croyons l'avoir lu car nous demeure familière la formidable physionomie de Big Brother, qui
nous regarde depuis tous les carrefours, et l'oeuvre reste pour nous une charge implacable des
fonctionnements du pouvoir totalitaire. La traduction première a eu tendance à aseptiser le
texte par une espèce de bienséance obligée dans les années cinquante qui se manifeste par
certains choix lexicaux convenables et à l'opacifier comme une vitre sale par une grammaire,
une syntaxe lourdement académiques. C'est le choix du présent qui a été fait ici, choix du
dépouillement en quelque sorte pour restituer la terreur dans toute son immédiateté, mais
aussi les tonalités nostalgiques et les échappées lyriques d'une oeuvre brutale et subtile,
équivoque et génialement manipulatrice. (Josée Kamoun)